Johann Zarco : Le petit prince des circuits

« Ma philosophie est de toujours viser le plus haut possible pour atteindre mes rêves. » A 26 ans, le petit Prince de la moto française a fait de son rêve une réalité en adoptant à la lettre l’une des célèbres pensées d’Oscar Wilde : « il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles »

Johann, élu pilote français de l’année 2016 par les internautes (sondage FFM), on ne vous présente plus : premier double champion du monde de l’histoire en Moto2 (2015 et 2016), vous êtes le pilote français de vitesse le plus titré en Grand Prix. Une carrière déjà impressionnante à 27 ans. Comment êtes-vous venu à la moto ?
Dès 9 ans, j’ai eu envie de monter sur une moto. Nous habitions à côté d’un magasin qui louait des petites motos pour enfants et mes parents, attentionnés, ont eu la gentillesse de m’en louer une régulièrement. Très vite, le propriétaire du magasin, qui avait perçu ma passion pour ce sport, leur a conseillé de m’inscrire dans un moto club. Ce qu’ils ont fait pour mes 10 ans. J’ai alors découvert les courses de moto et à 13-14 ans, quand j’ai rencontré Laurent Fellon, mon coach, les choses sont devenues plus sérieuses. Il m’a proposé de partir en Italie pour courir au plus haut niveau en Pocketbike (j’ai été deux fois vice-champion d’Europe, en 2005 et 2006) et faire mes armes. Ma carrière a vraiment commencé à ce moment-là : j’ai pu me fixer des objectifs et grandir.

138 courses (en 125 cm3, Moto2 et MotoGP), 16 victoires et 41 podiums. Que pouvez-vous nous dire sur ce monde impitoyable de la moto ?
C’est beaucoup d’investissement. Comme pour tous les sports pratiqués à haut niveau, la vie se vit en accéléré. On apprend beaucoup et les décisions, même si elles peuvent être corrigées le week-end suivant, doivent se prendre rapidement. Oui la vision qui me vient, c’est la rapidité, une vie en accéléré. Il faut tout donner, faire preuve d’abnégation, s’investir à 200 % sans rien attendre en échange. Car c’est seulement de cette façon que l’on peut avoir une chance d’y arriver. Si l’on ne s’investit qu’à 99 %, ce n’est même pas la peine d’essayer. Ne jamais penser et vivre à fond le moment présent.

Des histoires ont déjà dû marquer ta jeune carrière ?
Bien sûr, j’en ai plusieurs, mais je ne garde que les souvenirs positifs. J’ai appris à ne pas ressasser les expériences négatives. Il faut avancer, tirer profit de toutes les expériences, bonnes ou mauvaises. C’est une course-test, courue en 2008 sur une toute petite piste de karting contre Gábor Talmácsi, champion du monde hongrois en 2007, qui m’a définitivement donné confiance en moi et ouvert les portes du championnat du monde. Nous nous sommes bagarrés toute la course et, à l’arrivée, il enlève son casque tout transpirant et me dit : « Bravo, tu mérites ta place en Grand Prix ». Grosse émotion. Mes deux autres souvenirs inoubliables sont, bien entendu, mes deux titres de champion du monde, en 2015 et 2016.

En 2011, vous êtes vice-champion du monde en 125 cm3, avec, tout au long du championnat, des passes d’armes incroyables avec Nicolás Terol. En 2012, votre carrière débute en Moto2, avec le succès que l’on connaît. Et en 2017, vous signez avec l’écurie française Tech3. Quelle progression ! Vous ne perdez pas de temps !
Ma progression est pourtant moins rapide que pour d’autres pilotes, notamment espagnols. Marc Márquez, par exemple, a gagné son premier titre de champion du monde à 17 ans. Il en a cinq aujourd’hui et n’a que 24 ans, trois ans de moins que moi. Pour ce qui me concerne, j’ai eu besoin de grandir avant de m’affirmer. Mais vice-champion du monde à 21 ans et un premier titre de champion du monde à 25 ans, c’est pas mal ! Mon coach m’a rassuré en m’expliquant que les pilotes français n’étaient en général pas champions du monde avant 25 ans, car ils commençaient la moto plus tard et avaient besoin de davantage de temps pour arriver à maturité. Alors être double champion du monde à 26 ans, c’est génial !

Au vu des premiers résultats, l’adaptation au championnat du monde MotoGP se passe bien.
. Oui, tout va très bien. J’ai beaucoup de chance de piloter une Yamaha, c’est une belle moto qui possède une base vraiment saine. Je n’ai qu’à jouer mon rôle de pilote pour que tout se passe bien.

Quelles sont les différences marquantes entre une moto 2 et une moto GP ?
D’abord, c’est l’accélération : on passe de 125 chevaux à plus de 270. Soit plus du double de la puissance avec quasiment le même poids (la moto GP ne pèse que 20 kilos de plus). On sent vraiment qu’il s’agit d’une moto de course poussée au maximum. Ensuite, le freinage et les passages dans les courbes sont incroyables. Parce que la moto est plus grosse, on pourrait s’imaginer que l’on passe plus doucement dans les virages, mais non, parfois on les passe même plus vite. La tenue de route est telle qu’elle nous permet de passer très fort. Il faut avoir pleinement confiance dans une moto GP pour l’exploiter à son maximum.

Avez-vous suivi une préparation physique et mentale particulière pour changer de catégorie ?
 ? Non, aucune. Mais en 2016, mon objectif était double : conquérir un second titre de champion du monde et changer de catégorie. Je me suis donc entrainé, physiquement, avec plus d’intensité. Et pendant l’hiver, l’équilibre motard étant bon, le physique au point, il a juste fallu augmenter l’intensité des entraînements. Pour le reste, c’est surtout l’expérience qui forge le mental.

On connaît l’importance de Laurent Fellon à vos côtés. Un binôme qui fonctionne à merveille, fait rarissime dans la moto. Tech3 vous laisse évoluer comme vous le souhaitez ? Comme vous l’avez toujours fait avec votre coach ?
Oui. Nous avons prouvé au team la qualité de notre travail. Notre duo n’a pas été remis en cause. Nous restons humbles et faisons attention de dire les choses au bon moment. Le patron de l’équipe, Hervé Poncharal, ancien pilote, nous a même encouragés en reconnaissant que notre système fonctionnait bien et en nous assurant qu’il ferait tout pour ne pas le perturber. Il n’a aucun doute sur notre partenariat, il sait qu’il fonctionnera aussi bien en MotoGP.

Votre nouveau casque Skark a un look d’enfer. Quel est l’avantage d’un casque aéro comme celui-ci ?
Ce casque est identique à celui de Jorge Lorenzo et de Scott Redding. Il a été prouvé qu’il fait gagner 2 km/h en vitesse de pointe, même si, à plus de 300 km/h, il est difficile de savoir si on roule à 302 ou à 304 km/h ! Mais je ne sens aucune gêne, aucune turbulence. Alors s’il peut vraiment me faire gagner 2 km/h, j’en profite !

Je vois sur votre autre casque une photo de Laurent Fellon et de vous. Etes-vous superstitieux ?
Non, c’est un casque qui raconte mes étapes de vie. Un drapeau français pour ma nationalité et un drapeau hongrois qui symbolise mon passage en Hongrie, lorsque Gábor Talmácsi m’a ouvert les portes en Grand Prix. C’est également un clin d’oeil à la femme de Laurent qui est hongroise. Il a aussi un côté kamikaze, soleil levant, prônant notre respect envers les pilotes japonais, arrivés sur le circuit dans les années 90. Laurent m’a raconté de super histoires sur cette époque Et derrière, Z&F représente notre association : nous avons commencé ensemble et nous continuons de grandir ensemble. Je ne suis jamais seul sur un circuit, on se bagarre à deux.

Quel est votre objectif pour cette saison ?
Quand on a tout pour réussir, une moto compétitive et une équipe de qualité (nous avons déjà une bonne base de réglages et beaucoup de données), il faut viser très haut. Ma philosophie est de toujours viser le plus haut possible pour atteindre mes rêves ! Et pour cela, je dois, tout au long de la saison, rester concentré et réussir mes objectifs, course après course, pour emmagasiner un maximum d’expérience. Alors pourquoi se limiter à un objectif raisonnable ? Autant viser un podium !

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