NO LIMIT ! Cyril DESPRES nous reçoit chez lui en Andorre pour un entretien exclusif

MALGRÉ UN EMPLOI DU TEMPS SURCHARGÉ, C’EST AVEC UNE GRANDE GENTILLESSE QUE CYRIL DESPRES NOUS A REÇUS CHEZ LUI, EN ANDORRE. DANS SA PIÈCE “COLLECTOR” : LES TROPHÉES ET SOUVENIRS SONT NOMBREUX, LES ANECDOTES INÉPUISABLES.

Cyril, on ne vous présente plus : cinq fois vainqueur du Paris-Dakar entre 2005 et 2013, votre carrière est impressionnante. Pourquoi avoir choisi le deux-roues ?
Passionné de motos dans ma jeunesse, j’ai commencé à faire du trial grâce à des voisins, dans la région parisienne. Parallèlement, j’ai fait des études de mécanicien – CAP, BEP et Bac pro – et je travaillais dans un magasin de motos spécialisé dans le tout-terrain, Challenge 75. En 1997, le patron du magasin se blesse sur un rallye, je m’occupe donc à plein temps de l’atelier. Pour me remercier, il m’envoie sur le rallye de Tunisie en 1998 – il me prête sa moto, son camion d’assistance, etc. –, qui sera mon premier rallye et le début de l’aventure. Je finis 13e.
En 1999, avec un ami proche, Michel Gau, nous décidons de participer au Paris-Dakar 2000, en amateurs, c’est-à-dire sans mécanicien ni assistance. Nous sommes tous les deux à l’arrivée, lui 25e et moi 16e, avec une 400 XR. Notre performance a un peu marqué les esprits et j’ai commencé à être contacté pour participer à un rallye, puis à un autre. Et enfin, BMW, qui cherchait un pilote « porteur d’eau » avec des compétences en mécanique, m’a sollicité pour rejoindre son équipe. Un an après mon premier Dakar, ma carrière commence vraiment ; j’étais pilote d’usine chez BMW.

Vous avez remporté trente-deux victoires d’étape du Dakar. Que pouvez-vous nous dire du rallye le plus dur du monde ?
Oh il y a beaucoup à dire ! L’édition de 2000 était mythique, car elle marquait le passage au XXIe siècle et j’ai découvert l’Afrique, des montagnes rocailleuses du Maroc aux immensités de sable en Mauritanie jusqu’aux baobabs d’Afrique noire, un continent d’une grande beauté. Mes sept Dakar en Afrique ont été des expériences merveilleuses – l’édition de 2008 a été annulée. En 2009 le rallye doit quitter l’Afrique pour l’Amérique du Sud, en raison de menaces d’attentats.
J’ai toujours eu cette envie de me surpasser, de prendre de la flotte, de la boue, des gamelles… C’est une lutte contre soi et le désert avant tout. Un combat qui correspond tout à fait à ma personnalité. Et puis le rallye Dakar, c’est l’entraide, la solidarité. Lors de ma première édition, j’ai porté assistance à un amateur, comme moi, qui n’avait plus qu’une roue. On a bricolé une jante de mobylette, achetée sur le bord de la route, sur un moyeu de moto de rallye et il a pu terminer l’étape. Avec Marc Coma, nous nous sommes tirés la bourre pendant des années, mais si l’un d’entre nous rencontrait un problème, l’autre s’arrêtait sans même réfléchir. La solidarité sur le Dakar est une valeur essentielle.

Quelle est votre histoire la plus marquante en rallye-raid ?
Elles sont nombreuses, mais ma première victoire au Dakar, en 2005, est la plus marquante, avec le décès de mon coéquipier Fabrizio Meoni. Une victoire dans la douleur.

Et votre pire galère ?
En 2007, au Maroc. J’étais là pour gagner et dès la deuxième étape, ma boîte de vitesse se bloque. Je n’ai plus que le premier rapport. J’ai dû rouler à fond en première les 280 derniers kilomètres et j’ai perdu une heure et demie.
En 2015, après 15 ans de carrière sur une moto, vous rejoignez le Team Peugeot Sport pour prendre le volant d’une 4-roues. Quelles sont les raisons de ce changement ?
Après quinze Dakar, même si j’ai encore les capacités de piloter une moto – je n’ai pas réellement peur de tomber ou de me faire mal –, rejoindre une grande équipe comme Peugeot Sport est une réelle opportunité. D’autant que l’on est venu me chercher pour rejoindre ce Team, alors que la liste de pilotes pouvant prétendre à en faire partie était longue ; c’est très flatteur. Mais devenir pilote automobile n’a jamais été un objectif, de la même façon que, jeune homme, je ne me suis jamais dit que j’allais devenir un pilote de moto. L’équipe de Peugeot m’a montré des croquis de voitures, m’a exposé le programme pour trois ans et j’ai dit oui. Une chance pareille ne se présente qu’une fois, je ne pouvais pas la laisser passer. Et puis il est toujours difficile d’arrêter une carrière pour un sportif de haut niveau, quel que soit le sport. Cette transition m’a permis d’arrêter la moto sans angoisse. Je me suis engagé pour trois ans alors que je n’avais jamais piloté une voiture en compétition ni fait aucun essai sur ma voiture ; un vrai challenge !

Votre apprentissage au volant de la Peugeot 3008 DKR s’est fait à vitesse grand V, puisque vous étiez sur le podium du Dakar en 2017 ?
C’est beaucoup de travail. Mais commencer les essais, en Espagne, en France ou au Maroc, aux côtés de grands noms comme Carlos Sainz, Sébastien Loeb et Stéphane Peterhansel, exigeait de tout donner. Il n’était pas question de m’apitoyer sur mon sort. Si au début, ils étaient à des années-lumière de moi, j’ai appris beaucoup à leur contact d’autant qu’ils ont eu la générosité de me confier quelques petits secrets de pilotage. Aux côtés de trois grands pilotes et de trois excellents copilotes, encadré par une équipe de 120 personnes qui travaillent sur le projet et de 95 autres personnes qui se déplacent sur les rallyes, les meilleurs ingénieurs, les meilleurs mécaniciens, mon apprentissage ne pouvait qu’être rapide et bien se passer ; les conditions étaient idéales. Quand je suis en Andorre, je continue à rouler, sur piste comme sur neige, pour des essais ou en course. Je maximise toutes les opportunités sur 4-roues, car si j’ai fait 3e au Dakar 2017, je n’ai pas l’intention de m’arrêter là ! Je continue donc d’écouter, d’apprendre, de rouler, peu importe le véhicule et le type de terrain.

Quelle est la grosse différence entre la moto et l’auto ?
Pour être un bon motard sur le Dakar, il faut être un bon navigateur tout en roulant vite. En voiture, le copilote se charge de la navigation ; ce qui d’ailleurs n’est pas encore si simple pour moi. Les intonations sont importantes, je me demande encore parfois si les décisions doivent être prises par lui seul ou à deux. Se retrouver immobilisé dans une rivière asséchée n’est pas une situation que je vivais en moto. Il faut vite comprendre et analyser le problème pour prendre, tout aussi rapidement, la bonne décision. Le plus difficile en voiture, ce sont les endroits très accidentés. Hormis dans les dunes, les voitures roulent toujours plus vite que les motos. En tant que motard, j’ai appris à lire la piste, à adapter ma vitesse en fonction du terrain, de la largeur de la piste, de la taille des rochers, etc. En voiture, j’ai dû oublier toutes ces connaissances qui ne me servent pas et apprendre d’autres réflexes, d’autres analyses. J’ai également dû apprendre à m’en remettre au copilote. Je perds encore un peu de temps dans les grosses saignées, les gros trous. Là où je passais à 90 km/h en moto, je dois passer à 130 en voiture. Il faut vraiment s’adapter.

Devenir pilote automobile a dû entrainer des changements importants dans votre vie ? L’entraînement est différent.
Les entraînements sont plus spécifiques. Par exemple, la musculature du cou a dû être renforcée, alors que les jambes n’ont pas besoin d’être autant musclées. On a surtout besoin d’être vifs avec les mains, les bras, les pieds… Je pratique donc plein de petits exercices de sautillement, d’équilibre, de renforcement. Au quotidien, j’essaie surtout de trouver des moyens de m’améliorer : avec un simulateur ou le buggy que je pilote en Espagne. Cette année, je vais participer à un championnat sur asphalte avec une Peugeot RCZ. C’est un changement total. En moto, je maîtrisais tous les éléments, c’était ma première passion. Là je pars de zéro. Il faut que j’expérimente, que j’analyse et que je me remette toujours en cause. Vous imaginez bien qu’il n’est pas facile de se battre contre un Loeb et un Peterhansel !

Vous devez également travailler pour le développement et l’amélioration des voitures de course.
Complètement, cela fait partie de mon job. Cette année, cinq séances de développement sont programmées. Elles ont lieu au Maroc, dans de très bonnes conditions, avec des mécaniciens, un médecin et un programme bien défini. Nous roulons avec les mêmes outils de navigation que nous utilisons sur le Dakar. Les essais ne sont pas confidentiels, il n’y a qu’une voiture que nous pilotons chacun notre tour. Je peux ainsi profiter de toutes les données qui ont été enregistrées à chaque course. Ce qui me permet d’essayer des choses auxquelles je n’aurais pas pensé.

Quels sont vos objectifs pour les années à venir ?
Pour l’instant, j’ai envie de continuer à progresser et de gagner un Dakar. Réussir à gagner dans les deux disciplines, comme Hubert Auriol ou Stéphane Peterhansel, serait fabuleux.

Avez-vous fait le deuil de la moto ?
Non, mais je n’ai plus le temps de rouler. Je roule en vieille moto ou en scooter pour me déplacer. Je pense que j’y reviendrai, mais pour l’instant la priorité est de m’améliorer en 4-roues.

Pour terminer, avez-vous une anecdote marquante à raconter aux lecteurs ?
En 2006, je suis invité à participer à un rallye au nord du Chili. Le rallye commence très tôt le matin, par 50 kilomètres sur la plage. Puis on file en direction de la Cordillère des Andes. En 100 kilomètres, on est déjà à plus de 2 500 mètres d’altitude. Sans s’en apercevoir, on monte très vite. Je tombe alors dans un brouillard très épais et je ne me rends pas tout de suite compte que je suis dans le sable. Après 10 ou 15 kilomètres, je sors du brouillard et me retrouve dans un océan de nuages, avec des centaines de pointes de dunes de sable couleur or qui sortent des nuages, un ciel bleu et un soleil éclatant. Un décor tellement magique que je ne réalisais pas que j’ai pu arriver là en moto. C’était une autre planète. La nature est incroyablement belle en Amérique du Sud. Outre la compétition, tous les décors naturels et toutes les images que j’ai emmagasinées sont plus que fabuleux. Je n’ai pas de mots pour les décrire. Il me faudrait des garages entiers pour ranger toutes les photos que j’ai en tête.

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